Suites numériques

I. Rappels et compléments sur les suites

1. Modes de définition

Suite numérique
Une suite numérique est une fonction de dans .
Définition explicite
donné directement en fonction de . Exemple : .
Définition par récurrence
donné et relation . Exemple : , .

2. Sens de variation

Monotonie
croissante si . Décroissante si .
Méthode 1 — Signe de
Si → croissante. Si → décroissante.
Méthode 2 — Quotient
Si : → croissante.
Méthode 3 — Fonction associée
Si et croissante → croissante.

3. Suites bornées

Bornée
Majorée : . Minorée : . Bornée = majorée + minorée.

II. Suites arithmétiques et géométriques

1. Suite arithmétique

Arithmétique de raison
.
Terme général et somme
.



Cas particulier : .

2. Suite géométrique

Géométrique de raison
.
Terme général et somme
.

III. Limite d'une suite

1. Convergence

Convergence
converge vers si aussi proche de que voulu pour assez grand.
Limites de référence
. . : , .

2. Opérations et formes indéterminées

Opérations
, , .
Formes indéterminées
, , . Méthode : factoriser par le terme dominant.

IV. Théorèmes de convergence

Convergence monotone
Croissante + majorée → converge. Décroissante + minorée → converge.
Gendarmes
Si et .
Suites géométriques
et .

V. Raisonnement par récurrence

1. Introduction et motivation

Pourquoi la récurrence ?
En mathématiques, de nombreuses propriétés font intervenir un entier naturel . Pour démontrer qu'une telle propriété est vraie pour tout entier , on ne peut pas vérifier un par un les cas car il y en a une infinité.

Le raisonnement par récurrence est une méthode de démonstration qui permet de prouver, en deux étapes finies, qu'une propriété est vraie pour tous les entiers à partir d'un certain rang.
Analogie des dominos
Imaginons une file infinie de dominos alignés. Pour faire tomber tous les dominos, il suffit de :

1. Faire tomber le premier domino (initialisation).
2. S'assurer que si un domino tombe, alors le suivant tombe aussi (hérédité).

Ces deux conditions garantissent que tous les dominos tombent.

2. Principe de récurrence

Principe de récurrence
Soit une propriété dépendant d'un entier , et soit .

Si les deux conditions suivantes sont réunies :

(i) Initialisation : est vraie.

(ii) Hérédité : Pour tout entier , .

Alors est vraie pour tout entier .
Remarques importantes
• L'initialisation se fait au rang de départ (souvent ou ).
• Dans l'hérédité, on suppose vraie (c'est l'hypothèse de récurrence) et on démontre .
• Les deux étapes sont indispensables : l'une sans l'autre ne suffit pas.

3. Méthode de rédaction

Rédaction type d'une récurrence
Pour tout , on note la propriété : « ... ».

Initialisation : Pour , on calcule le membre de gauche et le membre de droite. On vérifie que est vraie.

Hérédité : Soit fixé. On suppose que est vraie (hypothèse de récurrence). Montrons que est vraie.

(Développement du calcul ou du raisonnement...)

Donc est vraie.

Conclusion : Par le principe de récurrence, est vraie pour tout entier .

4. Exemple — Somme des premiers entiers

Somme des premiers entiers
Montrer que pour tout entier :

Démonstration
Pour tout , notons : « ».

Initialisation () :
• Membre de gauche : .
• Membre de droite : .

Les deux membres sont égaux, donc est vraie.

Hérédité : Soit fixé. Supposons vraie, c'est-à-dire .

Montrons que est vraie :



Donc est vraie.

Conclusion : Par le principe de récurrence, pour tout , .

5. Exemple — Somme des carrés

Somme des carrés
Montrer que pour tout entier :

Démonstration
Notons : « ».

Initialisation () : et . Donc est vraie.

Hérédité : Soit fixé. Supposons vraie.



Donc est vraie.

Conclusion : Par récurrence, la propriété est vraie pour tout .

6. Exemple — Somme géométrique

Somme géométrique
Soit un réel. Montrer que pour tout entier :

Démonstration
Notons : « ».

Initialisation () : et . Donc est vraie.

Hérédité : Soit fixé. Supposons vraie.



Donc est vraie.

Conclusion : Par récurrence, la propriété est vraie pour tout .

7. Exemple — Inégalité

Récurrence et inégalité
Montrer que pour tout entier : .
Démonstration
Notons : « ».

Initialisation () : . Donc est vraie.

Hérédité : Soit fixé. Supposons .

Alors :

car dès que .

Donc est vraie.

Conclusion : Par récurrence, pour tout , .

8. Exemple — Suite récurrente

Terme général d'une suite récurrente
Soit définie par et .

Montrer que pour tout : .
Démonstration
Notons : « ».

Initialisation () : et . Donc est vraie.

Hérédité : Soit fixé. Supposons .

Alors :

Donc est vraie.

Conclusion : Par récurrence, pour tout , .

9. Variantes du raisonnement par récurrence

Récurrence forte (ou complète)
Soit une propriété et .

Si :

(i) est vraie.

(ii) Pour tout : .

Alors est vraie pour tout .
Utilité de la récurrence forte
La récurrence forte est utile lorsque, pour montrer , on a besoin non seulement de mais aussi de , , etc.

Exemples typiques : suites récurrentes d'ordre 2 (Fibonacci), décomposition en facteurs premiers.
Récurrence double (à deux pas)
Pour montrer pour tout lorsque dépend de (et pas de ), on initialise aux rangs et , puis on montre :

Récurrence descendante
Si l'on souhaite montrer pour tout , on peut raisonner par récurrence « à rebours » :

(i) est vraie.

(ii) Pour tout tel que : .

Alors est vraie pour tout .

10. Exemple — Suite de Fibonacci (récurrence forte)

Suite de Fibonacci
La suite de Fibonacci est définie par , et .

Montrer que pour tout : .
Démonstration par récurrence forte
Notons : « ».

Initialisation :
: .
: .

Hérédité : Soit fixé. Supposons que est vraie pour tout .

En particulier, et .

Alors :



Donc est vraie.

Conclusion : Par récurrence forte, pour tout , .

11. Erreurs classiques à éviter

Erreurs classiques
1. Oublier l'initialisation. Sans vérification au rang initial, le raisonnement est invalide.

Contre-exemple : Considérons : « ». Hérédité : si , en ajoutant 1, . Mais l'initialisation échoue pour tout !

2. Ne pas utiliser l'hypothèse de récurrence. Si dans l'hérédité on ne se sert jamais de , il y a certainement une erreur (ou la propriété se démontre directement).

3. Confondre l'hypothèse et la conclusion. On suppose et on démontre . Écrire « supposons » est une erreur.

4. Initialiser au mauvais rang. Si la propriété n'est vraie qu'à partir de et qu'on initialise à , l'initialisation échoue.

5. Oublier de préciser le rang fixé. Il faut écrire « Soit fixé » et non « pour tout » dans le corps de l'hérédité.

12. Compléments — Inégalité de Bernoulli

Inégalité de Bernoulli
Soit . Montrer que pour tout :

Démonstration
Soit fixé. Notons : « ».

Initialisation () : et , donc . est vraie.

Hérédité : Soit fixé. Supposons .

Comme , on a , donc :



car .

Donc est vraie.

Conclusion : Par récurrence, pour tout , .

13. Compléments — Divisibilité

Divisibilité
Montrer que pour tout , divise .
Démonstration
Notons : « ».

Initialisation () : . Donc , et est vraie.

Hérédité : Soit fixé. Supposons que , c'est-à-dire qu'il existe tel que .

Alors :



Donc , et est vraie.

Conclusion : Par récurrence, pour tout , .

VI. Méthodes

Suite arithmético-géométrique
(). Point fixe . Poser → géométrique de raison .
Étude de
Points fixes → récurrence → monotonie → convergence monotone → identifier .

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